Usages des technologies numériques par l’administration publique des villes algériennes : une évaluation de la e-Administration dans la ville de Bejaïa en Algérie

, et

Résumés

L’objectif de ce présent papier est de tenter d’évaluer la réalité de l’adoption des technologies numériques (TN) par les villes algériennes, à travers l’approche administration publique /citoyen, via ce qu’on appelle la : e-administration. Le but est de dresser un diagnostic du construit et des obstacles d’appropriation de ces technologies à travers un cas pratique, qui porte sur la ville de Bejaïa. Ce travail détermine d’abord, la relation étroite entre les TN et la ville, sous l’angle de la communication publique et territoriale. Ensuite, il a comme objectif d'analyser le rôle de l’administration électronique comme vecteur d’insertion des villes dans la dynamique de la société de l’information à travers le concept de la gouvernance intelligente et enfin d’essayer d’évaluer le processus de numérisation de l’administration publique au niveau de la ville de Bejaïa.


يهدف هذا النص إلى محاولة تقييم واقع تبني المدن الجزائرية لتكنولوجيات الإعلام و الاتصال من خلال دراسة العلاقة التي تجمع بين: الإدارة العامة / المواطن وتكنولوجيات الإعلام و الاتصال بما يعرف: بالإدارة الإلكترونية. الهدف هو تشخيص المكتسبات والعقبات التي تحول دون امتلاك هذه التقنيات من خلال دراسة حالة عملية تتعلق بمدينة بجاية.
يحدد هذا العمل أولاً، و من حيث زاوية الاتصال العمومي والإقليمي العلاقة الوثيقة بين تكنولوجيات الإعلام والاتصال والمدينة. بعد ذلك، يتطرق إلى تحليل دور الإدارة الإلكترونية كوسيلة لإدماج المدن في ديناميكيات مجتمع المعلومات من خلال مفهوم الحكامة الذكية. وأخيراً يقيم عملية رقمنة الإدارة العامة على مستوى مدينة بجاية
The objective of the present paper is to evaluate the reality of ICT interaction and cities in Algeria, through the e-administration approach. The purpose is to draw a diagnosis of the construct and the limits of appropriation, through the case of the city of Bejaia. This work will first determine the close relationship between ICT and the city, from the angle of public and territorial communication. Then, he will analyze the role of the electronic administration as a vector of insertion of the cities in the dynamics of the information society and finally, he will evaluate the process of digitization of the public administration at the level of the city of Bejaïa.

Texte intégral

A+ A-

Introduction

En 2007, pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, le nombre de personnes vivant dans les villes a dépassé le nombre de personnes vivant dans les zones rurales. On estime que la proportion dépassera 70 % d’ici 2050 (ONU, habitat, 2008). Il est essentiel, également, de souligner qu’aujourd’hui, plus de la moitié de la population mondiale est connectée. En 2018, 51,2 % de la population mondiale, soit 3,9 milliards de personnes utilisaient l’Internet (IUT, 2018). Les technologies de l’information et de la communication devenues technologies numériques (TN) ont évolué d’une telle façon qu’elles ont transformé nos sociétés, nos cultures et nos économies. Aujourd’hui, l’urbanisation est à la fois un emblème du progrès économique et social et une importante source de pression sur les infrastructures de la planète. Mettre les technologies numériques au service des usages afin de répondre aux défis de l’urbanisation, est un enjeu crucial pour le développement. En effet, la communication est devenue un support au service du développement des territoires, du marketing urbain et de la promotion des villes engagées dans une concurrence d’attractivité territoriale. Par ailleurs, la communication via les TN, apparaît comme un outil de la gouvernance urbaine tant sur le plan de la participation citoyenne que par celui de la gestion d’ensembles urbains 1 Marchal Hervé, Stebé Jean-Marc, « La communication ...continue.
Les réflexions théoriques doublement ancrées dans la recherche sur les TIC et la ville sont assez active. Le numérique représente un levier de modernisation de l’aménagement du territoire. Territoire et communication forment de plus en plus, un couple insécable, deux pôles d’une même unité2 Brelot Hélène Martin, TIC et territoires locaux dans ...continue.

L’objectif de cet article est de mettre en perspective la place dévolue aux TN dans le processus d’urbanisation en Algérie. L’analyse de l’insertion des villes algériennes dans la dynamique de l’adoption des TN se fera à travers l’étude de la mise en œuvre de l’administration électronique dans une optique de communication territoriale. Cette dernière sera centrée sur le triptyque : usagers des TN/ administration publique/villes algériennes. La motivation de cette contribution est triple : d’abord, procéder au défrichement des questions qui relèvent de la ville et des TN, en mettant l’accent sur le concept de la ville intelligente. La deuxième est de préciser particulièrement les contours de l’administration électronique et de la gouvernance intelligente par une présentation d’une revue de littérature. Le dernier motif, est de tenter d’évaluer la réalité de l’adoption des TN par l’administration publique des villes algériennes en prenant comme exemple la ville de Bejaïa. Le but est de tenter de mesurer leur ancrage territorial et communicationnel via ce qu’on appelle la : e-administration et cela par une analyse de l’approche citoyen/administration publique /Ville.

Interaction villes / technologies numériques : aperçu théorique

Les villes sont d’importants pôles d’activité humaine qui gagnent en population et gagnent en importance dans l’économie mondiale. En 2018, 55 % de la population mondiale, vivaient dans des villes. Selon la Banque mondiale, six personnes sur dix dans le monde résideront dans les zones urbaines d’ici 2030. Plus de 90 % de cette croissance aura lieu en Afrique, en Asie, en Amérique latine et dans les Caraïbes. Aujourd’hui, les villes sont confrontées à des défis démographiques, environnementaux, économiques, sociaux et spatiaux sans précédent. De ce fait, les villes sont constamment pressées de fournir des services de meilleure qualité et d’améliorer leurs prestations, de rendre l’économie locale plus compétitive, d’optimiser l’utilisation des ressources disponibles et de réduire les coûts, d’augmenter l’efficacité et la productivité, et de remédier aux encombrements et aux problèmes environnementaux. À ce titre, se tourner vers les technologies numériques, ne pourrait-il pas être la solution ? Celles-ci assurent la mise en réseau de ressources, d’ordinateurs, de personnes, d’organisations à l’échelle locale ou mondiale. Par leur dimension de télécommunication, elles effacent les distances et les contraintes géographiques en permettant le développement de télé-activités, du télétravail, du téléenseignement, du e-commerce… Par leur normalisation et leur diffusion aujourd’hui quasi planétaire, elles dessinent un espace commun virtuel, hors du temps et de l’espace physique : un cyberspace3 Castells Manuel, L’ère de l’information, Paris, ...continue. Cet espace virtuel, porteur – ou facilitateur selon les points de vue – d’une nouvelle économie, de nouvelles relations sociales, de nouveaux modes de création d’entreprises et d’organisations, aura évidemment des relations avec l’espace physique.
Les réflexions théoriques abordant le lien entre les technologies numériques et la ville sont récentes. La question de l’impact de ces dernières sur les dynamiques spatiales a été tardivement investie par la littérature économique, donnant naissance à deux visions clairement divergentes du problème4 Le goff-Pronost Myriam, Lethiais Virginie, « Usages des ...continue. Une première vision prônait l’abolition des distances grâce à la diffusion de ces technologies, qui devait conduire, à l’extrême, à une décentralisation totale des activités. La seconde vision, affirme que l’avènement du numérique s’accompagne, à l’inverse, d’un renforcement des effets d’agglomération 5 Suire Raphael, « Stratégies de localisation des firmes ...continue, motivés par plusieurs types d’externalités qui poussent les entreprises à se localiser à proximité les unes des autres. Manuel Castells affirme que l’Internet ne correspond pas à une fin de la géographie, mais génère sa propre géographie animée par des réseaux et des flux d’informations. Il existe aujourd’hui un « espace des flux6 Castells Manuel, L’ère de l’information, Paris, ...continue », qui est une nouvelle forme d’espace, caractéristique de l’ère de l’information.
Dès les années quatre-vingt-dix, la question des technologies numériques a trouvé différents modes de connexion avec le territoire. Le concept de ville intelligente a été introduit parmi les mots clés des stratégies de développement urbain 7 Moriset Bruno, Entre utopie et pratique : la « ville ...continue. Des concepts tels que : ville intelligente, digital city, ville numérique, cybercity, smart city ou encore ville 2.0 sont de plus en plus mises en avant pour décrire cette fusion entre les technologies numériques et l’espace physique. Un recueil de 51 publications sur la ville intelligente a été analysé par Meijer et Bolivar 8 Meijer Albert, Bolivar Manuel Pedro Rodriguez, « La ...continue, ces derniers ont constaté trois éléments mis en avant : technologies intelligentes, personnel intelligent ou collaboration intelligente en tant que caractéristiques des villes intelligentes ; la perspective transformatrice ou progressive en ce qui concerne les évolutions dans la gouvernance urbaine ; l’amélioration des résultats ou un processus plus ouvert pour revendiquer la légitimité de la gouvernance des villes intelligentes.

La ville intelligente comme ville modèle

La première définition de la ville intelligente a été donnée par Rudolf Giffinger et al.: « Une ville intelligente est une ville performante en six caractéristiques, construite sur la combinaison intelligente des dotations et des activités de citoyens auto décisifs, indépendants et conscients 9 Giffinger R, Fertner C, Kramar H, Kalasek R, PIchler N, ...continue ». La disponibilité et la qualité de l’infrastructure des TIC ne sont pas la seule définition d’une ville intelligente. D’autres définitions soulignent le rôle du capital humain et de l’éducation dans le développement urbain. Les six déterminants ou caractéristiques de la définition de la ville intelligente par (Giffinger et al., 2007) sont la performance de l’économie, des personnes, gouvernance, mobilité, environnement et qualité de vie. Ce n’est qu’en 2014, que l’Union Internationale des Télécommunications livrait dans un rapport la définition de la ville intelligente : « Une ville intelligente et durable est une ville novatrice qui utilise les TIC et d’autres moyens pour améliorer la qualité de vie, l’efficacité de la gestion urbaine et des services urbains ainsi que la compétitivité, tout en respectant les besoins des générations actuelles et futures dans les domaines économique, social et environnemental 10 Cette définition a été élaborée sur la base des ...continue».
Plusieurs initiatives ont été engagées en vue d’établir des indicateurs détaillés pour les villes intelligentes. Un groupe des Nations Unies élabore actuellement de tels indicateurs dans le but de les transformer en un indice mondial des villes intelligentes et durable (ONU, 2016). Ces indicateurs portent sur les interrelations entre les composantes des villes intelligentes, notamment les relations humaines et sociales qui relient le capital intellectuel, la santé et la gouvernance. Dans ce cadre, la ville est appelée intelligente quand : « les investissements dans le capital humain et social et les infrastructures de communication traditionnelles (transport) et modernes (TIC) alimentent une croissance économique durable et une qualité de vie élevée, avec une gestion avisée des ressources naturelles, à travers la gouvernance participative ».

Les caractéristiques de la ville intelligente

Les caractéristiques des villes intelligentes font que les grandes composantes de la vie urbaine (population, mobilité, économie, mode de vie, gouvernance et environnement) sont constamment connectées et produisent des données qui, si elles sont judicieusement utilisées, permettront d’utiliser au mieux les ressources et d’améliorer les résultats obtenus.
Dans la littérature sur le sujet, deux modèles sont souvent utilisés pour montrer les composantes de la ville intelligente, les modèles de Rudolf Giffinger et de Boyd Cohen11 Cohen Boyd, «What Exactly is a Smart City? » Fast ...continue. Les six leviers à considérer pour devenir une ville intelligente sont représentés dans la figure 01.


Figure 1 : les six leviers de la ville intelligente
Source : https://www.researchgate.net/figure/The-main-components-of-a-smart-city 2_fig1_309204708/download

Une gouvernance intelligente

Apparue au tournant des années 90, la question de la gouvernance intelligente occupe une place non négligeable dans les stratégies des pays les plus avancés. Plusieurs rapports internationaux sont dédiés à cet axe. La gouvernance intelligente des villes consiste à imaginer de nouvelles formes de collaboration humaine en recourant aux technologies numériques pour obtenir de meilleurs résultats et des processus de gouvernance plus ouverts. Dans un processus de mise en œuvre de la ville intelligente, la gouvernance est un pilier fondamental et la participation des citoyens en constitue un des éléments essentiels. En effet, le citoyen n’est pas seulement un consommateur, il devient une partie prenante du processus.
Les recherches sur la gouvernance intelligente12 Meijer Albert, Bolivar Manuel Pedro Rodriguez, « La ...continue des villes se sont inspirées des études réalisées sur les facteurs de réussite et d’échec en matière de gouvernement électronique ou du e-gouvernement en anglais, plus connu par la e-administration. Le développement de la gouvernance intelligente s’inscrit dans une perspective de l’émergence d’un nouveau mode de management (moins autoritaire, plus horizontal)13 Maisl Herbert, Du Marais Bertrand, « ...continue , avec une meilleure circulation et valorisation de l’information propice au décloisonnement des administrations et à l’amélioration de leur fonctionnement. Mais cette transformation implique une adaptation des agents et des processus et nécessite des investissements financiers préalables (accessibilité et ergonomie des outils, interopérabilité des systèmes d’information, harmonisation du traitement des données, respect de leur sécurité et de leur confidentialité) avant de devenir source d’économies 14 Flichy Patrice et Dagiral Éric, « ...continue.

Revue de littérature

Plus connue sous le nom du e-gouvernement (ou gouvernement électronique) en anglais et de l’administration électronique (e-administration) en français, le concept fait référence à l’utilisation des technologies numériques en tant que plate-forme pour l’échange d’informations, la fourniture des services aux citoyens, aux entreprises et aux autres administrations (enquête des Nations Unies, 2004, 2005 et 2008). La Banque mondiale a défini l’administration électronique comme l’utilisation des technologies de l’information et des communications pour transformer le gouvernement en le rendant plus accessible, plus efficace et plus responsable devant ses citoyens (ONU, 2010). Récemment, plusieurs pays du monde ont déployé des efforts considérables pour améliorer leur secteur public et redynamiser leur administration afin de le rendre plus transparent, compétent, rationalisé et davantage axé sur les services grâce à l’utilisation et à l’application des TN.
Dans un rapport 15Rapport à consulter sur ...continue de l’association des communautés urbaines françaises, intitulé : L’e-administration au cœur de l’innovation territoriale : avis d’experts. On pourra lire que l’administration électronique ; vecteur d’amélioration de la relation administration/citoyen, permet de proposer une offre plus performante de services aux usagers et d’accroître la transparence administrative. Elle est aussi au cœur de la problématique de modernisation de l’Etat, car elle est un outil d’amélioration de ses procédures et de son fonctionnement interne (décloisonnement, agilité), ainsi que d’optimisation de ses coûts. En matière de services aux usagers, on peut distinguer deux grandes étapes dans l’utilisation des technologies numériques : la première consiste à mettre des informations à disposition des citoyens afin de simplifier leurs démarches administratives ; la seconde, qui va plus loin, permet aux usagers de réaliser directement leurs démarches en ligne. On parle alors de téléservices.

Les étapes de la mise en œuvre de la e-administration

L’utilisation appropriée des TIC dans le secteur public a pour but d’accompagner le développement des pays. Toutefois, la e-administration ne peut être considérée comme un processus en une seule étape ni exécutée comme un projet isolé16 Jayashree S, Marthandan G, « Government to E-Government ...continue. Elle est de nature évolutive et implique plusieurs étapes de mise en œuvre. Différents modèles ont été développés pour décrire les étapes de la mise en œuvre de l’administration électronique. Quelques-uns de ces modèles17 Ibid.,p 8. qui ont été jugés cohérents incluent : le modèle en trois étapes de la Banque mondiale, le modèle en quatre étapes du groupe Gartner 18 Baum C, Di Maio A, «Gartner’s four phases of ...continue, le modèle en quatre étapes de Karen Layne et Jungwoo Lee19 Layne K, Lee J, «Developing Fully Functional ...continue, le modèle en cinq étapes des Nations Unies 20 ONU, «Benchmarking E-government: A Global Perspective», ...continue . Le modèle le plus adapté dans divers rapports sur l’administration électronique a été celui des Nations Unies (enquête des Nations Unies sur l’administration électronique, 2004, 2005 et 2008). Les étapes sont les suivantes :

  • Étape 1 : Présence émergente
  • Au cours de cette étape l’administration publique ou le gouvernement établit sa présence en ligne via un site Internet officiel comprenant des liens vers des ministères ou des départements. L’information est principalement inactive et il y a peu ou pas d’interaction avec les citoyens.

  • Étape 2 : Présence renforcée
  • Le gouvernement fournit davantage d’informations sur les politiques publiques et la gouvernance et les rendent facilement accessibles aux citoyens. Des liens permettent d’enregistrer des informations telles que des lettres d’information, des documents, des rapports, des lois, etc.

  • Étape 3 : Présence interactive
  • Le gouvernement fournis des services en ligne, tels que des formulaires téléchargeables pour applications et un portail interactif avec des services destinés à faciliter leur utilisation par les citoyens.

  • Étape 4 : Présence transactionnelle
  • Cette étape permet un contact à double sens entre « citoyen et gouvernement ». Il comprend des options pour payer des impôts, demander des cartes d’identité ou des passeports et d’autres fonctions similaires aux interactions G2C.

  • Étape 5 : Présence en réseau (ou totalement intégrée)
  • Il s’agit du niveau de la mise en œuvre de l’administration électronique la plus sophistiquée. Elle intègre toutes les dimensions de la e-administration à savoir : gouvernement à gouvernement (G2G), gouvernement à citoyens (G2C) et gouvernement à entreprises (G2B). À ce stade, le service public, grâce à la technologie, devient proactif pour répondre aux besoins des citoyens et y répondre.

Réalités d’une e-administration en Algérie

L’Algérie reconnait le potentiel des technologies de l’information et de la communication, et la nécessité de participer pleinement à la numérisation du pays. Pour cela, les technologies numériques ont été déclarées une priorité nationale et ont abouti à la formulation d’une politique en faveur de leur adoption en 2001 21 Promulgation de la nouvelle loi sur les Postes et ...continue. En 2009, une tentative de définition d’une politique publique a été initiée par le ministère de la poste et des technologies de l’information et de la communication. Il s’agit de la stratégie « e-Algérie 2013 », cette stratégie, prévoyait de réduire le fossé numérique qui séparait l’Algérie, des pays qui maîtrisent les nouvelles technologies, et de concrétiser la promotion de la société de l’information et du savoir, sur un horizon de cinq ans 22 Rapport du conseil national économique et social, « ...continue . La stratégie « e-Algérie 2013 » est déclinée en treize chapitres, nommés « Axes majeurs ». Ceux-ci traitent des actions à mener notamment autour de l’intensification de l’usage des technologies numériques dans les différents secteurs, des mesures en direction des citoyens, du renforcement de l’infrastructure, ainsi que de la formation, la recherche-développement, le cadre juridique et les aspects liés aux moyens de tous types à mobiliser autour de cette question. Cependant, le taux de réalisation de ce projet est estimé aujourd’hui à 28 % (tableau 1). D’ailleurs l’appellation du projet fut modifiée pour devenir e-Algérie, car il était devenu impossible de se fixer une échéance à l’atteinte d’une telle finalité. 90 % des actions planifiées concernaient la modernisation de l’administration publique.

Tableau 1 : état de réalisation du plan e-Algérie au 31 mars 2018

Nombre d’actions planifiées Axe majeur Actions réalisées
 
% budget en millions de
DA
 
%
866 Accélération de l’usage des TIC dans l’administration publique 242 28%     81476 21.13%
13 Accélération de l’usage des TIC dans les entreprises 2 15%    29175   7.57%
14 Développement des mécanismes et des mesures incitatives permettant l’accès des citoyens aux équipements et aux réseaux des TIC 3 21% 150968 39.16%
27 Impulsion du développement de l’économie numérique 10 37% 13030   3.38%
20 Renforcement de l’infrastructure des télécommunications à haut et à très haut débit 5 25% 104500 27.11%
8 Développement des compétences humaines 1 13% 1600   0.42%
21 Renforcement de la recherche développement et de l’innovation 6 29% 950   0.25%
7 Mise à niveau du cadre juridique national 3 43% 12 0.00%
5 Information et communication  1 20% 1010 0.26%
7 Valorisation de la coopération internationale 4 57% 300 0.08%
12 Mécanismes d’évaluation et de suivi
Mesures organisationnels
7 58% 2500 0.65%
1000 Total 287 8% 385521 100%

Source : Kahlane, A. (2018). Etat de réalisation e-Algérie 2013 au 31-12-2018,in :
https://docs.google.com/drawings/d/1HxEBB06ANsxtM5evG_I8jvweN_RuGfW7_4WrKSEYor0/edit

Dans l’objectif du développement de l’administration électronique, des sites web institutionnels (tableau 2), ont été mis en ligne, afin de permettre aux citoyens d’accéder aux différentes informations utiles, d’interagir avec l’administration, et de réaliser quelques procédures en ligne. Le constat est édifiant : La plupart des sites officiels ne sont pas actualisés et ne permettent pas d’interagir avec les citoyens.

Tableau 2 : Service en ligne et site web

Indicateurs 2015
 
Nombre de sites web.dz 7148
Nombre de sites web institutionnels (ministères et organismes rattachés) 587
Nombre de formulaires disponibles 265
Nombre de procédures en ligne disponibles 29

Source: Ministère des télécommunications 2018.

Les réalisations en matière de la e-administration

Entamé en 2012 pour la délivrance du passeport biométrique et en 2015 pour l’ensemble des documents d’État civil et sur tout le territoire national, le processus de modernisation de l’administration en Algérie, vise l’amélioration du service public par l’allègement des procédures administratives, la décentralisation des collectivités territoriales et la généralisation de l’administration électronique 23 Benlakehal Nawel, « L’administration électronique : ...continue . Les collectivités territoriales locales (Daïra et communes) ont été initiées à l’administration électronique, à travers la numérisation des documents civiles, et des documents de la justice. L’activation du registre électronique de l’État civil, la délivrance du passeport biométrique et l’élaboration de la carte d’identité nationale biométrique, ainsi que la mise en place du fichier national électronique des cartes grises ont permis de faciliter, la vie aux citoyens et d’éradiquer les interminables queues devant les guichets des administrations, ou encore les longs déplacements dans les mairies pour se faire délivrer un acte de naissance.
Afin d’assurer un passage progressif de la gestion classique à une gestion automatique, des procédures basées sur une exploitation plus intensive des technologies numériques ont été concrétisées. Parmi ces procédures, la mise en place du guichet électronique des documents biométriques (passeport et carte d’identité), qui a commencé à s’étendre graduellement à d’autres documents (permis de conduire biométrique à point). Le guichet électronique des documents biométriques est une solution technique permettant la réception et le traitement automatique des demandes de différents documents biométriques aux niveaux des communes et ce en exploitant des bases de données centrales à savoir : la base de données des documents biométriques, Le registre national d’état civil et prochainement le fichier central des permis de conduire. Le guichet électronique est installé depuis le 13-12-2017 au niveau des communes de la wilaya d’Alger et il est actuellement étendu à l’ensemble des communes des 47 Wilayas restantes. Il vise plusieurs objectifs notamment : l’amélioration des conditions d’accueil et la relation administration-citoyen ; la réduction des délais de traitement des dossiers ; de dispenser le citoyen de présenter l’acte de naissance spécial 12S comme de dispenser ceux ayant un document biométrique de présenter les documents administratifs relatifs aux informations existantes dans les bases de données ou encore de dispenser le citoyen de renseigner le formulaire de demande de document biométrique ; enfin de diminuer le taux d’erreurs par la récupération automatique des informations de la base de données centrales.
Selon les dernières statistiques du ministère de l’Intérieur et des Collectivités locales de 2018, il est indiqué que : plus de 95 millions de documents d’état civil ont été numérisés ; un investissement dans la formation en ressources humaines pour un montant qui s’élève à 3,5 milliards de dinars ; une production et délivrance de plus de 11 millions de passeports biométrique avec une moyenne de production pour la période de 2014-2015 de 27 000 passeports/ jour et de 6 millions de carte d’identité nationale biométrique dont 3,7 millions demandées via l’Internet.

Essai d’analyse du processus de la e-administration dans la ville de Bejaïa

Au regard des développements théoriques précédents, il s’avère que les technologies numériques offrent de réelles opportunités auxquelles il est difficile de rester indifférent. Par une utilisation adéquate, elles permettent d’accroître la qualité des services rendus aux citoyens, par conséquent de favoriser la communication des territoires. L’étude de cas qui sert de référence à notre texte, est celle de l’utilisation des technologies numériques dans l’administration publique de la ville de Bejaïa. Nous avons voulu par cette démarche mesurer l’adoption de leurs usages et d’évaluer la relation citoyen/ administration publique dans une perspective de ville intelligente et de communication territoriale.
Pour analyser la perception qu’ont les citoyens fréquentant les administrations publiques de la ville de Bejaïa, notre méthodologie de recherche s’est élaborée en deux étapes. Dans un premier temps, nous avons sollicité les administrations concernées et nous avons recueilli les données nécessaires pour notre enquête, ensuite nous avons procédé à un sondage d’opinion sur le degré de satisfaction des citoyens et sur leurs avis en ce qui concerne l’adoption des TN. Ce sondage, qui se voulait aisé et rapide, se combinait de questions ouvertes et fermées auxquelles les citoyens étaient conviés à répondre.
L’ensemble des données ainsi récoltées au travers de notre enquête a montré que dans le cadre de la numérisation de l’administration publique dans la ville de Bejaïa, celle-ci s’est vu délivrer un quota de 130 passeports biométriques le 20/02/2012 au même temps que 46 daïras chefs lieux de l’Algérie. L’opération a touché par la suite 19 daïras de la wilaya de Bejaïa, et ce n’est qu’en fin de l’année 2015 que les 52 communes ont vu naitre le processus de décentralisation par la délivrance des passeports biométriques électroniques (PBE). Quant à la numérisation des documents de l’État civil, des efforts notables ont été consentis qui se sont soldés par la numérisation depuis le début du processus jusqu’à mai 2019 sur l’ensemble de la wilaya : de 2 327 075 actes de naissances, 737 865 actes de décès et de 564 773 actes de mariages. Les deux tableaux ci-dessous représentent l’état de délivrance des documents biométrique dans la ville de Bejaïa.

Tableau 3 : état de délivrance des passeports biométriques électroniques par commune

Daira Commune 2012 2013 2014 2015 2016 2017 2018
Bejaïa Bejaïa 8178 15428 5436

Source : Enquête auprès des services de la direction du règlement des affaires générales (DRAG), 2019.

Tableau 4 : état de délivrance des cartes d’identité nationale biométrique électronique
 

Daira Commune 2012 2013   2014 2015 09/2016 au 12/2016 2017 2018
Bejaïa Bejaïa   11 157 28536 27 286

Source : enquête auprès des services de la DRAG, 2019.

L’enquête menée sur les rapports des usagers à l’administration dans la ville fait ressortir que ceux-ci sont discontinus et épisodiques. La première caractéristique du rapport à l’administration est qu’il est épisodique. Les démarches administratives peuvent être soutenues dans certaines circonstances et très rares dans d’autres. Les individus n’établissent donc pas des rapports réguliers avec l’administration comme ils en établissent avec leur banque ou avec leur mutuelle de santé.
Nous avons également observé quelques tendances dominantes dans les réponses des usagers à savoir :

  • le recours aux technologies numériques est largement reconnu par les citoyens comme une initiative positive permettant de moderniser les relations qu’ils entretiennent avec l’administration publique ;
  • d’une manière générale, les usagers sentent qu’un effort est mené pour moderniser l’administration publique de la ville de Bejaïa. La population est consciente du changement, mais elle espère mieux, on ce qui concerne les autres étapes de la mise en œuvre de la e-administration. Les citoyens déplorent l’absence de l’interactivité entre usagers/ administration publique.
  • Il est également à noter que certaines franges de la population sont plus démunies que d’autres en ce qui concerne l’utilisation les TN. L’âge des citoyens et le niveau d’instruction semblent être des variables influentes. Celles-ci constituent dès lors, pour ces citoyens, un obstacle à l’utilisation des TN dans leurs rapports avec la sphère publique.

Le classement de l’Algérie en matière de la e-administration

Le classement des pays en matière de la e-administration est élaboré par l’indice de développement de l’administration en ligne des 193 États membres des Nations Unies. Les enquêtes de administration électronique de l’ONU, évaluent les sites Internet nationaux et la manière dont les politiques et stratégies de gouvernement électronique sont appliquées en général et dans des secteurs spécifiques pour la fourniture des services essentiels. L’indice de développement de l’administration en ligne intègre trois dimensions importantes permettant aux personnes de bénéficier de services et d’informations en ligne, à savoir : la fourniture de services en ligne, la connectivité de télécommunication et les capacités humaines.
En dépit de ces initiatives citées auparavant, l’Algérie a toujours du mal à améliorer son classement en matière de l’administration électronique. Ainsi, en 2018, l’Algérie, avec un score de 0.4227 (figure 2), inférieur au score moyen de l’indice de 0.55 a été classée à la 130ème place sur 193 pays, et fait mieux par rapport à la précédente enquête de 2016, qui l’avait classé à la 150ème place. Au niveau africain, l’Algérie est classée 14ème sur 54 pays.

Figure 2 : Comparaison de la place de l’Algérie avec quelques pays

Source : Enquête de l’ONU sur l’administration en ligne, 2018.

L’indice de participation électronique (EPI) dérivé en tant qu’indice complémentaire de l’enquête des Nations Unies sur l’administration en ligne, étend la dimension de l’enquête en mettant l’accent sur l’utilisation de services en ligne pour faciliter la fourniture d’informations par les gouvernements aux citoyens (partage d’informations en ligne), l’interaction avec les parties prenantes (consultation électronique) et l’engagement dans la prise de décision (e-prise de décision).

Tableau 5 : Classement de L’Algérie selon l’indice de participation électronique

Country Group Rank 2018 Epart 2018
Tunisia VHEGDI 53 0,7978
Morocco VHEGDI 56 0,7753
Egypt HEGDI 109 0,5393
Algeria LEGDI 165 0,2022

Source: Enquête de l’ONU sur l’administration en ligne, 2018.
En matière de participation électronique comme l’indique le tableau 5, l’Algérie est très mal classé avec un score de 0.2022. Le pays est dans le dernier quart des pays les moins classés.
Au regard des développements précédents sur l’adoption des TIC par l’administration publique dans les villes algériennes et à travers le cas de la ville de Bejaia, il est important de souligner que l’Algérie n’est qu’à ses débuts dans la démarche de numérisation de son territoire. En transposant le modèle de cinq étapes de la mise en œuvre de l’administration électronique de la banque mondiale sur la réalité algérienne. Nous concluons, que l’Algérie peine à être pleinement dans les deux premières étapes de la mise en œuvre de la e- administration (présence émergence et renforcée). Saisir la place des TIC dans la dynamique de rapprochement citoyen / administration publique relève souvent des stratégies de communication publique et celles-ci sont malheureusement absentes dans les visions des décideurs locaux et autres opérateurs de la ville algérienne.

Conclusion

La capacité à mettre en réseau les lieux (villes) et les hommes, les technologies numériques constituent des outils essentiels pour la mise en œuvre de stratégies de développement territorial. Les profonds changements induits par les technologies de l’information et de la communication dans les économies et dans les sociétés sont également à l’œuvre dans les services publics. C’est une opportunité à saisir pour renforcer l’efficacité des services administratifs et, plus généralement, celle des services publics. Ces technologies numériques sont présentées comme une aubaine permettant de métamorphoser les rapports qu’entretient l’administration publique avec les individus et les territoires. Désormais, le numérique irrigue l’ensemble des politiques publiques, de ce fait, les pouvoirs publics, qu’il s’agisse de l’État ou des collectivités territoriales, œuvrent pour ne pas rester en retrait de cette transition numérique en marche. Les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, d’abord en tant que régulateurs, mais également en tant que fournisseurs de services publics numériques.
Dans le domaine de l’administration électronique, l’Algérie s’est engagée depuis deux décennies dans un programme de modernisation et de numérisation de ses administrations publiques, chose qui lui a permis d’améliorer son classement ces dernières années. Toutefois, l’Algérie a toujours du mal à améliorer son classement en matière de l’administration électronique. Avec un score inférieur à la moyenne mondiale, le pays est toujours à la traine de ses voisins le Maroc et la Tunisie. À la lumière des développements précédents et à travers le cas de la ville de Bejaia, il est important de souligner que l’Algérie n’est qu’à ses débuts dans la démarche de numérisation de son territoire. Sur la base du modèle de cinq étapes de la mise en œuvre de l’administration électronique de la banque mondiale. Nous concluons, qu’en matière de l’insertion de la ville algérienne dans le processus de l’appropriation des technologies numériques, le processus est encore dans la phase de l’émergence et l’exemple de la ville de Bejaïa le confirme. L’Algérie peine à être pleinement dans les deux premières étapes de la mise en œuvre de la e-administration (présence émergente et renforcée). Le processus est confronté à des difficultés multidimensionnelles (humaine et matérielle).
Notre étude de cas nous a permis d’affirmer, en guise de conclusion, que l’usage des technologies numériques dans l’interface citoyen / administration publique et communication territoriale est, de façon globale, perçu favorablement par la population de la ville de Bejaïa. Celle-ci revendique néanmoins des avancées plus significatives, notamment au niveau de l’interactivité. À l’heure actuelle, une prise de conscience générale sur la nécessite de doter l’espace algérien en l’occurrence ses villes en technologies numériques semble se dégager. Il y a lieu de souligner, qu’il est impératif et urgent de revoir les politiques d’appropriations de ces technologies en Algérie.

References   [ + ]

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Pour citer cette article

, et , "Usages des technologies numériques par l’administration publique des villes algériennes : une évaluation de la e-Administration dans la ville de Bejaïa en Algérie", RIMEC [en ligne], 04 | 2020 Communication publique et marketing territorial au Maghreb, mis en ligne le 24 février 2021, consulté le 24 August 2026. URL: http://revue-rimec.org/usages-des-technologies-numeriques-par-ladministration-publique-des-villes-algeriennes-une-evaluation-de-la-e-administration-dans-la-ville-de-bejaia-en-algerie/