La notion de durabilité renvoie au concept historique de Développement Durable qui vient acter d’une nécessaire soutenabilité des « besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs » (Rapport Brundtland, 1987). La notion de durabilité renvoie aussi au concept plus récent de RSE où elle est « l’intégration volontaire des préoccupations sociales et environnementales des entreprises à leurs activités commerciales ; leurs relations avec toutes les parties prenantes internes et externes et ce afin de satisfaire pleinement aux obligations juridiques applicables, investir dans le capital humain et respecter son environnement (écologie et territoire) » (Livre vert de l’UE, 2001). La durabilité est aussi, depuis peu, un concept universel avec l’adoption des Objectifs du Développement Durable (ODD) lors de l’Assemblée Générale des Nations Unies où les peuples se sont engagés à réaliser 17 objectifs mondiaux pour « mettre fin à l’extrême pauvreté, lutter contre les inégalités et l’injustice et régler le problème du changement climatique » (ONU, 2015).
Cette durabilité est peu à peu devenue un concept universel qui vient nous rapprocher à travers le partage d’expertises et d’expériences sociétales si riches et diverses. L’écriture d’une préface d’un numéro thématisé sur la RSE d’organismes africains en particulier ne nous a pas laissé indifférents. Nous avons toujours cherché à collaborer avec des parties prenantes larges pour mieux appréhender les formes de durabilité. Nous souhaiterions parler de durabilité(s) au pluriel tant ce concept nous rapproche au regard de l’idéal d’un monde soutenable s’exerçant indifféremment entre les cultures, les peuples, les organisations, les citoyens… Pour preuve, sa définition, son ampleur, son impact, son périmètre ont fait l’objet de plusieurs définitions et travaux et évoluent avec les transformations de la société.
La recherche sur la durabilité a évolué dans le même sens que les défis auxquels font face les entreprises. Les travaux académiques sur la RSE ont été consacrés à son histoire et à son impact sur les parties prenantes externes (investisseurs, société civile, etc.) et internes comme les salariés (Igalens & Tahri, 2008). D’autres travaux ont traité du déploiement d’une stratégie RSE au sein d’entreprises avec notamment des cas originaux voire novateurs (Cuenoud & al., 2019) et de sa normalisation en parallèle (Helfrich, 2010). Depuis les années 1990, les pratiques responsables se sont de plus en plus répandues dans les grandes entreprises, poussées par les sources de réduction des coûts et d’amélioration de la rentabilité. Il n’est toujours pas évident de confirmer ce lien RSE/rentabilité (El Haddadi & Alaoui, 2020). Pourtant, aujourd’hui, un pas nouveau a été franchi : la recherche d’une performance globale d’une entreprise s’inscrit aussi par l’universalisme d’une civilisation composite qui s’efforce de s’inscrire dans la durabilité comme nouveau paradigme organisationnel. Les articles développés dans cet ouvrage, issus des diverses réflexions menées dans le cadre de la 5ème édition du colloque international sur le Développement Durable et la RSE, organisée du 21 au 23 Novembre 2019 par l’Université Internationale d’Agadir, confirment cette tendance d’universalité : du tourisme durable au management bienveillant, de la région Souss-Massa aux associations de microcrédit, des coopératives féminines d’argane aux PME exportatrices marocaines pour enfin aborder l’importance de la gouvernance dans le Développement Durable et la Responsabilité Sociétale des Entreprises…
L’universalisme retrouvé par la durabilité, celle-ci doit pourtant laisser place à ces travaux portant sur des expériences sociétales africaines. Belle lecture à vous.