L’irrigation traditionnelle : un système ingénieux du patrimoine oasien entre archaïsme et capitalisme. Cas des palmeraies du Jbel Bani, Maroc

et

Résumés

Le présent travail a pour objet l’étude des systèmes d’irrigation traditionnels ou coutumiers et leur devenir. L’article réfléchit aussi sur la valorisation de ces systèmes d’irrigation comme vecteur d’attractivité territoriale. L’objectif est d’aborder les enjeux de la conservation des systèmes hydrauliques paysans qui commencent à être étouffés par la gestion moderne. Les mutations récentes appellent à une revalorisation des pratiques et des savoir-faire locaux qui, tant sur le plan socioéconomique qu’écologique, sont les mieux adaptés aux contraintes actuelles.
The present work aims to study traditional or customary irrigation systems and their future. The article also reflects on the valorisation of these irrigation systems as a vector of territorial attractiveness. The objective is to address the issues of conservation of peasant hydraulic systems that are beginning to be stifled by modern management. Recent changes call for a revaluation of local practices and know-how which, both on a socio-economic and ecological level, are best adapted to current constraints.

Texte intégral

A+ A-

Introduction

Le patrimoine à travers ses aspects variés contribue à renforcer les spécificités des communautés et des régions. Il peut faire également la richesse des groupements humains par sa valeur exploitable et monnayable, notamment dans le cadre du développement touristique (Faouzi, 2019). Les palmeraies du Jbel Bani (Anti-Atlas) disposent d’atouts naturels importants et un patrimoine culturel matériel et immatériel riche et diversifié mais inexploité ; les systèmes d’irrigation traditionnels en font partie. Dans ces zones oasiennes, les paysans ont fait évoluer les techniques d’irrigation, et ont façonné le paysage de ces régions, en nous léguant un héritage discret mais fondateur. Ces techniques d’irrigation dont la maîtrise a toujours été un facteur de développement des palmeraies du sud du Maroc, représentent l’une des richesses de leur patrimoine immatériel et matériel qui est censé apporter les ressources du tourisme culturel ; en fait, le virage culturel de l’économie globale permet la commercialisation d’éléments considérés jusqu’alors sans valeur. Le tourisme est une des articulations de cette économie globale.

L’objet de cet article est de s’interroger, à partir de l’étude du cas des palmeraies du Jbel Bani, sur le devenir des systèmes d’irrigation paysans face aux mutations récentes. Il traite aussi leur valeur patrimoniale puisqu’ils sont révélateurs d’une dimension historique du rapport à l’espace. Par ailleurs, il conviendrait de souligner que cet article offre seulement un rapide survol des systèmes d’irrigation traditionnels à partir de quelques études traitant le sujet et qui est complété par nos propres observations sur le terrain. Il ne s’agit donc ni d’une étude scientifique approfondie, ni d’un travail de recherche scientifique original. Autrement dit, il s’agit de quelques éléments d’introduction qui servent à une réflexion sur l’importance des pratiques traditionnelles de gestion des ressources en eau.

La redécouverte des pratiques de gestion traditionnelle

La polémique créée par la publication par Wittfogel (1957) de ‘The Oriental despotism’ a été un facteur clé derrière la revivification des études sur l’irrigation villageoise communautaire dans les années 1960 ; l’objectif est de prouver que l’irrigation pouvait se développer indépendamment de l’autorité de l’État. Dans les années 1970 et 1980, les études portant sur la réhabilitation de systèmes d’irrigation traditionnels et la gestion paysanne se multiplient. Il y est question de perfectionnement des techniques de la gestion de l’eau, mais surtout de tirer des leçons des systèmes anciens gérés par les paysans. Cet attrait pour les systèmes traditionnels repose sur l’idée que les paysans ont une meilleure capacité de gestion des systèmes d’irrigation que les institutions étatiques. Cette logique est appuyée par l’école de pensée regroupant de nombreux chercheurs, tels que Bromley et Cernea (1989), Gardner et al., (1990) et Ostrom (1990) qui ont entrepris des études de cas substantielles provenant de diverses parties du monde. Ces chercheurs ont conclu qu’une meilleure allocation de l’eau résultait de la participation active des groupes d’utilisateurs locaux, c’est-à-dire une gestion des ressources d’irrigation par les paysans « Farmer Managed Irrigation System » (FMIS).

Les échecs récurrents des projets de réhabilitation de périmètres anciens ont montré le besoin d’une bonne compréhension de fonctionnement de ces systèmes d’irrigation paysans qui ont perduré depuis des siècles. L’objectif était de prendre exemple sur ces systèmes pour proposer des modèles de gouvernance et de gestion des ressources naturelles, surtout les systèmes d’irrigation (Aubriot, 2020).

Au Maroc, l’adoption de pratiques de gestion de l’eau d’irrigation est très ancienne. Les oasis du sud marocain aride, restent des symboles de la gestion de ressources en eau, rares et précieuses. La vie s’organise autour de l’eau et se construit autour d’organisations hydrauliques performantes. Cependant, les aspects techniques d’irrigation et les structures sociales s’enchevêtrent fonctionnellement. Cette solidarité du technique et du socio-culturel permet de comprendre la pérennité des systèmes oasiens traditionnels.

Le sociologue et anthropologue Jacques Berque (1955) a été l’un des premiers à décrire et insister sur la dimension sociale de la distribution de l’eau, dans le Haut Atlas au Maroc. Il s’émerveille de l’ingéniosité de la distribution de l’eau : « l’orchestration parcellaire », qui combine un partage du temps d’irrigation par tours d’eau lignagers et un éparpillement des parcelles de façon à ce que chaque maisonnée ait des terres dans tous les quartiers du terroir. […] la répartition de l’eau représente une phase purement sociale, entre la collecte et l’irrigation des champs » (Berque,1955, p.153).

Dans les espaces oasiens, les sociétés redoublent d’ingéniosité, technique et sociale, afin d’assurer l’accès à cette ressource rare et convoitée. Dans ces espaces « accéder à l’eau repose sur un triple enjeu : accéder individuellement à l’eau au sein du réseau ; maintenir en état l’infrastructure qui permet de transporter la ressource ; et assurer collectivement l’accès à la ressource » (Aubriot, 2020, p. 45). Il s’agit en fait d’un système d’irrigation paysan à infrastructure collective. C’est ce système d’irrigation ancien que ce travail propose d’étudier à travers le cas des palmeraies du Jbel Bani.

Pour mener à bien notre travail, plusieurs missions ont été réalisées dans la zone d’étude qui correspond aux palmeraies de Taghjijt, Aday et Amtoudi. Des observations directes ont été réalisées lors de séjours effectués dans ces différentes palmeraies. Aussi, ces différentes sorties de terrain nous ont permis de réaliser des entretiens auprès de nombreux interlocuteurs (paysans, agriculteurs, exploitants agricoles, acteurs locaux, jeunes diplômés, etc.).

Les palmeraies du Bani

Les palmeraies du Bani présentent la deuxième grande région phœniciculture du Maroc après le Draa. Notre terrain d’étude se présente comme un ensemble de dépressions communicantes, taillées sur le versant sud-ouest de l’Anti-Atlas et dans le massif du Jbel Bani au sud-est. Il se loge au cœur de la vallée de l’oued Seyad et de ses affluents (fig. 1-2) et coïncide avec un couloir occupé par un véritable chapelet de petites palmeraies irriguées dont Taghjijt, Aday et Amtoudi qui font l’objet de notre étude.

La région présente une homogénéité physique, avec une large zone désertique. Les reliefs les plus importants qui marquent la région sont le massif de l’Anti-Atlas (nord), les crêtes du Jbel Bani (centre) et la hamada du Draa (Est). Le réseau hydrographique de la région est constitué des eaux souterraines et de plusieurs oueds qui traversent cette région aride : oueds Draa, Seyad, Maït, Oum El Âchar, Noun, Boukila, Bou Issafen, Segdid, Tigdlit, Ouarkziz, etc. Les eaux souterraines quant à elles constituent la principale ressource en eau permanente dans cette zone pré-saharienne (Derouich, 2013). Dans cette zone, les palmeraies sont non seulement des secteurs cultivés dans un espace désertique présaharien (fig. 2), mais aussi le symbole d’une gestion et d’une exploitation ingénieuse des ressources en eau. Dans ces zones arides « l’eau est rare et représente un bien économique manifeste pour mettre en valeur la terre, l’on s’oppose pour l’eau et l’on se jauge à travers l’eau » (Bédoucha, 1987). Pour Sabatier et Ruf (1992), « la ‘gestion sociale de l’eau’ s’appuie sur des savoirs, une division des tâches entre les acteurs sociaux, une autorité hydraulique et une démocratie hydraulique » (p. 6).

Les ressources en eau d’irrigation et les pratiques de partage

Dans la palmeraie de Taghjijt où les précipitations ne dépassent pas 160 mm/an, les ressources hydrauliques sont très faibles, les cours d’eau (oueds ou issafen) sont irréguliers. Cependant, les anciens systèmes d’irrigation résistent encore. Depuis des siècles, les paysans de la région avaient pris conscience de l’importance de préserver les ressources en eau à travers une parfaite maîtrise des techniques d’irrigation et de gestion des ressources hydrauliques classiques telles que les puits, les sources naturelles (aïn) et la khettara, qui demandent une bonne organisation dans le temps et dans l’espace. Dans notre zone d’étude, les systèmes d’irrigation traditionnels peuvent être classés en deux grands types : l’irrigation à travers un réseau de canaux (séguia) et l’irrigation par l’utilisation des eaux de crues. L’organisation de l’irrigation traditionnel (bled targa), est basée sur quatre piliers importants : les terres, la source d’eau (khettara-s, aïn et ouggoug) (fig. 3, 4, 6 B et 8), les ayants-droits (paysans) et les techniques et pratiques (réseau de distribution et règles de partage) (Derouich, 2013).

L’irrigation depuis les séguias est la plus connue des techniques d’irrigation de surface. Cette technique consiste à alimenter les cultures en faisant ruisseler, à travers les canaux à ciel ouvert (fig. 6 A), les eaux sur les surfaces des champs, et ceci grâce à la topographie (pente) qui permet aux eaux de source (aïn) d’être amenées en surface par une sortie. La région dispose aussi d’un ensemble de khettaras en état de fonction (fig. 5-7), surtout dans les zones où la nappe phréatique n’est pas encore impactée par les motopompes. Ces khettaras sont alimentées par les eaux superficielles des oueds locales.

Dans les palmeraies du sud marocain, gestion communautaire et pratiques de l’irrigation de la targa ont fait leurs preuves en gestion (Benmoussa et al., 2015). C’est bien le registre juridique et réglementaire qui importe dans ces pratiques et gestion. Les paysans de ces régions ont mis en place des règles coutumières (izerfan n’ouaman) permettant la gestion et l’accès à l’eau. Ces droits d’eau définissent la quantité d’eau des ayants droits (personnes ou familles), la longueur du cycle d’irrigation, et organisent les tours d’eau qui permettent une irrigation échelonnée des exploitations cultivées. L’eau d’irrigation est gérée par une assemblée traditionnelle (Jmâa), sous le contrôle d’une personne expérimentée, appelée amin. Dans les palmeraies, les systèmes d’irrigation paysans se composent principalement d’un réseau de canaux (issoura) (fig. 11) qui sont reliés entre afin d’assurer l’irrigation des parcelles. On peut distinguer les canaux principaux qui sont reliés directement au bassin d’accumulation d’eau (fig. 9) ; et dans certains cas, à la sortie de la source d’eau, et les canaux secondaires qui sont utilisés en plein secteur irrigué targa.

Dans la palmeraie d’Amtoudi, les parcelles sont irriguées par la source d’aïn Bougaâ (fig. 10, 13 et 15). L’eau d’irrigation, au sein des exploitations cultivées (targaouine) est divisée en deux grands groupes de parts ou tiremt c’est-à-dire le temps accordé à l’irrigation (fig. 10 et 14). Les deux groupes ont 14 parts chacun ; un pendant la nuit et l’autre pendant la journée. Les temps d’irrigation ou tiremt sont mesurés à l’aide d’une technique très ancienne dans le sud du Maroc, appelée tanast (horloge à eau) qui fonctionne sur le même principe que le sablier (fig. 12).

L’accès à l’eau repose sur un partage en « tours d’eau », c’est-à-dire le temps pendant lequel un groupe ou un ensemble de parcelles reçoivent l’eau qui leur est allouée (Aubriot, 2020). La distribution à la parcelle est gérée à l’intérieur du groupe en charge du tour d’eau, ceci que les éventuels conflits sur le partage de l’eau soient « résolus à l’intérieur d’un tour d’eau et donc d’un lignage, et ne font pas intervenir les relations entre lignages » (Aubriot, 2020, p. 53). C’est donc « pour éviter que des conflits entre voisins ne recouvrent des conflits entre membres de deux lignages. (…) La logique du système n’est pas purement technique et « économique » mais avant tout sociale » (Bédoucha-Albergoni 1976, p. 50).

Des observations qui précèdent, il ressort que la ‘vieille hydraulique’ témoigne de l’ingéniosité et du savoir-faire des paysans qui l’ont conçu, et dépend majoritairement d’une gestion communautaire qui « domine largement les sociétés de montagne, les sociétés oasiennes et plus généralement les espaces d’irrigation anciens » (Ruf, 2009). Ces « systèmes ont toujours dû s’adapter aux évolutions de la société, de ses besoins, de ses techniques et ainsi, nombre d’entre eux ont réussi à perdurer à travers les siècles » (Aubriot, 2020, p. 7). Cependant, avec des besoins croissants dans tous les domaines (industrie et agricole) et le développement de techniques modernes (infrastructures en ciment, pompes pour puiser l’eau souterraine) et la mise en place d’une économie de marché, la pérennité de ces systèmes est remise en cause (Aubriot, 2020). Depuis l’introduction de la motopompe, les dynamiques de fonctionnement des systèmes d’irrigation paysans se sont trouvées bouleversées. Ces « changements techniques sont l’accélérateur d’une dynamique sociale dont les ressorts sont à chercher ailleurs » (Aubriot, 2020. p. 8). En fait, les incitations étatiques à la construction de systèmes d’irrigation, dans le cadre du Plan Maroc Vert, ont engendré une modification de l’organisation de l’irrigation, et ont surtout favorisé le développement des motopompes.

  • La motopompe au service du paysan/agriculteur… riche puissant

Si la motopompe peut alimenter le processus d’enrichissement des agriculteurs-entrepreneurs (Widanapathirana, 1993 ; El Faiz et Ruf, 2004), il peut aussi accentuer l’inégalité sociale d’accès à l’eau marquant ainsi le début de la disparition des paysans pour devenir des « agriculteurs‐entrepreneurs » (Mendras, 1967), qui se lancent dans des cultures de rente et marchande et se désintéressent du canal collectif. La technique du pompage a connu un développement spectaculaire depuis le lancement du Plan Maroc Vert en 2008 qui l’a encouragé, engendrant ainsi d’énormes bouleversements. Nous sommes ici « face à une reconfiguration de l’usage de l’eau liée à une dynamique impliquant des acteurs locaux ainsi que des institutions étatiques » (Aubriot, 2020, p. 177). L’expression « capitalisme de forages » Tubewell capitalism, titre du livre de Dubash (2002), dépeint la façon dont les forages ont permis l’enrichissement de certains acteurs, et structuré les relations sociales et de pouvoir au sein des villages en Inde. Dans la palmeraie de Taghjijt, le Plan Maroc Vert a profité aux gros exploitants qui disposent de capitaux propres pour financer leurs projets (fig. 16 A). L’introduction du capital venu d’ailleurs, a permis à ces entrepreneurs de détourner à leur profit les eaux collectives grâce aux motopompes. La multiplication de ces dernières a déjà entraîné l’abaissement de la nappe phréatique et l’assèchement de nombreuses sources naturelles. Cette diminution des ressources hydriques a eu pour conséquence l’abandon de plusieurs parcelles de culture (fig. 16 B) (Faouzi, p. 84).

L’urbanisation fulgurante touche également les palmeraies. Ce processus « d’urbanisation villageoise » est la conséquence de la désagrarianisation1Relocalisation spatiale des ruraux hors d’un mode de vie ...continue des palmeraies et de leur économie (Bryceson et Jamal 1997 ; Charlery de La Masselière, 2014). Le phénomène d’urbanisation, qui s’observe dans les palmeraies étudiées, a conduit à un mitage de l’espace agricole (fig. 17).

Discussion et Conclusion

Pour les palmeraies de Taghjijt, il est indéniable que la société connaît des transformations majeures dans les domaines économique (économie de marché, développement de l’agriculture de rente) et technique (motopompes). Mendras (1967) a parlé de la fin des « paysans » qui sont devenus dorénavant des agriculteurs producteurs obéissant aux règles du marché et de la modernité technique ; de son côté, Tania Li (2014) dans son livre Land’s end parle de la fin du système coutumier de partage de la terre, ainsi que du changement de l’utilisation du sol et de la fin de la forêt primaire, car les paysans d’une région reculée d’Indonésie abandonnent volontairement leurs cultures de subsistance pour une monoculture commerciale de cacao, à logique d’exploitation capitaliste ; quant à nous, et à propos des palmeraies marocaine après le lancement du Plan Maroc Vert, on peut de parler de « la fin des systèmes d’irrigation paysans, remplacés par des systèmes d’irrigation institutionnalisés où les logiques économiques [ … ] dominent » (Aubriot, 2020, p.  186).

Au Maroc, l’agriculture familiale est associée à de nouveaux enjeux qui cherchent à marquer une rupture avec la dualité de l’agriculture en organisant la transition d’une agriculture vivrière vers une agriculture de marché à travers la professionnalisation des exploitations agricoles. Cette agriculture de consensus, a trouvé une résonance autour d’un modèle agricole basé sur la valorisation des terroirs dans le cadre des politiques publiques marocaines du Plan Maroc Vert (Lacombe, 2015, cité par Faouzi, 2021). Parmi « les zones qui sont aujourd’hui confrontées à de nouveaux modèles économiques fondés sur la valorisation et marchandisation des produits de terroir figure les palmeraies du sud marocain où le palmier dattier (Phœnix dactylifera) constitue l’une des principales composantes de l’activité agricole » (Faouzi, 2021, p. 73).

Avec le Plan Maroc Vert, nous assistons à une « politisation de l’agriculture familiale a pour but d’orchestrer le passage d’une agriculture vivrière vers une agriculture de marché » (Faouzi, 2021, p. 74), visant une marchandisation des ressources spécifiques des zones de montagne, oasiennes et d’agriculture sèche, en cela, il s’agrège à un « tournant territorial de l’économie globale » (Pecqueur, 2006), faisant insérer l’agriculture familiale dans un contexte de libéralisation des échanges (Akesbi, 2001), ce qui soulève la question de la pérennité des systèmes paysans traditionnels dans les oasis.

  • Quel avenir pour les systèmes d’irrigation traditionnels ?

Si l’irrigation traditionnelle ne présente plus le même enjeu pour la production aujourd’hui, sa gestion rappelle la prospérité que cette eau a apportée à ces palmeraies et permet d’appréhender la complexité des relations qui se sont tissées entre les sociétés et l’eau : « c’est l’eau qui raconte le mieux la société » (Bédoucha, 1987, p.16).

Étant donné « leur forte inscription territoriale et matérialisation visuelle, ainsi que du territoire comme lieu de mémoire. La société locale peut user de cette empreinte spatiale dans ses jeux identitaires » (Aubriot, 2020, p. 117) et aussi comme vecteur d’attractivité touristique, et un outil au service du marketing territorial. La valorisation de la ’vieille hydraulique’ et de la ressource hydrauliques permettra le passage d’une « ressource productive à une ressource touristique » (Charlery de la Masselière, 2018, para. 18). Les « vestiges » hydrauliques et leur signification sociale peuvent être utilisés comme argument de communication et de marketing à travers l’utilisation de la référence hydraulique comme archives du passé de ces territoires oasiens : « ces traces et signes du passé sont des récits historiques qui doivent être adaptés au contexte actuel » (Aubriot, 2020, p. 117).

L’utilisation du patrimoine hydraulique comme richesse peut fournir de nouvelles opportunités pour améliorer les performances économiques des territoires oasiens (Faouzi, 2019). C’est un patrimoine qui présente de nombreuses opportunités susceptibles d’élargir le champ des activités économiques. L’élaboration d’une stratégie de valorisation de l’héritage hydraulique de ces régions suppose l’adoption de l’approche patrimoniale des territoires.

  • Musée de l’eau

Il est donc temps d’établir, de toute urgence, un plan et une stratégie de sauvegarde, de restauration et de valorisation en incorporant les atouts du patrimoine dans la stratégie régionale de développement économique et social. Les systèmes d’irrigation paysans sont des éléments étroitement liés à l’histoire des sociétés oasiennes du sud marocain. Ceci justifie l’intégration de la valorisation du patrimoine hydraulique, en tant que priorité, dans les plans communaux de développement de toutes ces zones oasiennes. Aussi, il faut mener une campagne de sensibilisation auprès des paysans et aussi des jeunes à la protection du patrimoine hydraulique afin de l’intégrer dans l’offre touristique à travers des projets d’envergure dédié à la découverte du patrimoine hydraulique des palmeraies du sud et, pourquoi pas, façonner l’attractivité de ces zones autour d’un musée de l’eau qui propose des circuits touristiques qui feront découvrir aux visiteurs ces jardins exceptionnels qui sont le fruit d’un savoir-faire millénaire. Plusieurs jeunes rassurés par les liens électroniques qui les maintiennent en relation avec le monde extérieur (Europe), veulent tenter leur chance dans un tourisme que la beauté des paysages et la richesse patrimoniale rend possible : le désert, les palmeraies, et d’autres atouts dont disposent les oasis de la région.

References   [ + ]

1. Relocalisation spatiale des ruraux hors d’un mode de vie strictement agraire.


Références bibliographiques

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Pour citer cette article

et , "L’irrigation traditionnelle : un système ingénieux du patrimoine oasien entre archaïsme et capitalisme. Cas des palmeraies du Jbel Bani, Maroc", RIMEC [en ligne], 07 | 2022 Varia, mis en ligne le 09 mars 2023, consulté le 24 August 2026. URL: http://revue-rimec.org/lirrigation-traditionnelle-un-systeme-ingenieux-du-patrimoine-oasien-entre-archaisme-et-capitalisme-cas-des-palmeraies-du-jbel-bani-maroc/