Table des matières
- 1 Introduction
- 2 Le Patrimoine Culturel Immatériel : une résilience à la crise du Covid-19 par l’innovation digitale
- 3 II. Les mesures de résilience et innovation commerciale et organisationnelle des acteurs du patrimoine immatériel de la Place de Jamaa el Fna
- 4 III- Le Patrimoine immatériel « la halqa » de l’espace géographique de la place Jamaâ el Fna à la mise en scène digitale.
- 5 Conclusion
Introduction
Labélisée chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité le 18 mai 2001
(Skounti et Tebbaa, 2006), la Place Jamaa el Fna à Marrakech est considérée en tant qu’espace qui « présente la quintessence d’un patrimoine oral et immatériel qui plonge ses racines dans la
culture millénaire du Maroc»1https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000124868 (Koïchiro Matsuura, 2002). En outre, son positionnement
géographique fait d’elle un passage incontournable pour la population de la médina et les touristes
nationaux et internationaux. C’est le plus grand théâtre à l’aire libre de l’humanité quotidiennement animé du matin au soir par de multiples expressions du patrimoine orale (contes, chants, danses, etc.) autour des halqas, ce qui lui a valu un autre qualificatif de destination touristique internationale. Mais suite aux décisions prises par le gouvernement (fermeture des frontières, obligation du confinement, mesures de distanciations, etc.) dont le but est de lutter contre la propagation virale de la pandémie de la Covid-19, la place Jamaa el Fna a connu un arrêt total de toutes les activités et les expressions du patrimoine immatériel qu’elle rassemble.
Cette période de crise appelle justement à s’interroger sur la halqa et le hlayqi ayant fait preuve de résilience face à cette crise paralysante de toutes activités ? Quelles sont les mesures prises par les acteurs locaux et internationaux pour sauvegarder les activités d’animation liées au patrimoine immatériel de la Place Jamaa el Fna pendant cette période de mesures sanitaires ? Quelles étaient les innovations introduites lors de la crise pandémique Covid-19 au niveau du patrimoine immatériel ?
Afin d’apporter quelques éléments de réponse, nous nous sommes basés sur une étude qualitative
fondée sur l’analyse des différentes recommandations de l’Unesco relatives à la préservation du
patrimoine immatériel depuis le déclenchement de la pandémie ainsi que l’analyse des différentes actions entreprises par les hlayqis pour sauvegarder la pratique du patrimoine immatériel et pour faire face aux conséquences de la crise.
Le Patrimoine Culturel Immatériel : une résilience à la crise du Covid-19 par l’innovation digitale
En 2003, suite à une prise de conscience croissante des diversités culturelles entre les différents pays et
peuples, l’UNESCO introduit, au sein de son institution, une nouvelle catégorie de patrimoine : le
« patrimoine culturel immatériel » (PCI). L’utilisation de ce terme et son concept font leur apparition
quelques années auparavant, lors de la convention du patrimoine mondial de 1992 pour la protection
des « paysages culturels » et lors de la conférence internationale sur les nouvelles perspectives du
programme du patrimoine immatériel de l’UNESCO de 1993, l’expression « patrimoine culturel
immatériel » est officialisée. Toutefois, ce n’est qu’avec la Convention de l’Unesco signée à Paris en
2003 qu’un intérêt définitif pour cette catégorie et sa protection est approuvée.
En effet, c’est pour la première fois dans le domaine du patrimoine, que l’attention ne se limitait plus uniquement à la sauvegarde des biens matériels et naturels, mais reconnaît également la nécessité d’inclure dans le patrimoine mondial de l’humanité la culture « immatérielle ». C’est-à-dire toute expression de culture et patrimoine « intangible ». Suite à cette perspective, il est nécessaire de définir la désignation de l’association de ces deux concepts « patrimoine & culture » qui ont donné naissance à une nouvelle convention de l’Unesco en 2003.
La vulnérabilité du patrimoine culturel immatériel face à la crise pandémique Covid-19
Le patrimoine culturel immatériel désigne les « pratiques, représentations, expressions, connaissances et savoir-faire – ainsi que les instruments, objets, artefacts et espaces culturels qui leur sont associés – que les communautés, les groupes et, le cas échéant, les individus reconnaissent comme faisant partie de leur patrimoine culturel »2- 2003_Convention_Basic_Texts_2022_version-FR.pdf ...continue.
Il s’agit d’une nouvelle prise de conscience du concept de patrimoine et de
patrimonialisation, car « contrairement aux finalités protectrices envisagées dans la Convention de
1972, l’action de sauvegarde requise par la Convention de 2003 ne vise pas seulement les
expressions culturelles (matérielles ou immatérielles) mais l’acte social de création et de réélaboration
qui en permettent la production tout en soulignant la nature dynamique de la culture » (Bortolotto,
2006). Dans ce sens, on reconnaît l’importance de définir un patrimoine pour l’humanité qui ne se
compose pas uniquement de monuments, collections d’art et sites naturels, mais de véritables processus culturels d’une valeur et importance égales. En outre, pour la première fois, comme on peut le lire dans le texte de la convention de 2003, ce n’est pas seulement l’objet du patrimoine qui est pris en compte, mais les détenteurs de ces connaissances et traditions, c’est-à-dire les communautés et les groupes humains qui représentent cet héritage. Car non seulement ils font partie de la continuité du patrimoine, qui n’existerait pas sans eux, vue qu’ils jouent un rôle fondamental dans le processus de sa préservation mais aussi il constitue parfois une ressource matérielle pour ceux qui le pratique .De plus, la question du patrimoine immatériel engage des dynamiques qui touchent non seulement le domaine culturel et artistique, mais également le domaine social, environnemental, géographique et économique.
Vu qu’il s’agit de représentations, de traditions orales et d’espaces culturels, ce patrimoine est assujetti aux évolutions et aux changements en raison de sa relation constante avec des facteurs externes mutables, tels que le temps, l’environnement et la société. Donc, « le patrimoine immatériel est donc à la fois électif, déclaratif (au sens administratif du terme) et évolutif » (Davallon, 2014).
Les risques qui peuvent compromettre la préservation du Patrimoine Culturel Immatériel (PCI) sont de
diverses natures, et parmi les plus récurrents ces dernières années sont les catastrophes
environnementales (les inondations qui mettent en danger l’existence des villages), le changement
climatique (les catastrophes naturelles qui modifient la géographie d’un territoire), l’urbanisation (le
dépeuplement des villages et la migration vers les centres urbains), et ajoutant à cela la pandémie Covid-19 qui a eu un impact presque total sur toutes les formes d’activité culturelle -orales qui se basent généralement sur le rassemblement et non pas la distanciation.
La pandémie Covid-19 a non seulement provoqué chez les pratiquants du PCI un arrêt dans la chaîne
d’animation et de transmission de leurs savoirs, mais aussi une crise économique due à l’inactivité du secteur touristique qui représente pour eux une ressource économique importante. Suite à cette situation, ils ont cherché à trouver des moyens de survie afin de rebondir à cette situation qui a mis un grand nombre parmi eux en chômage.
Le patrimoine immatériel se procure une résilience par l’innovation communicationnelle et organisationnelle
La tentative de résister aux impacts externes est définie comme « résilience », c’est-à-dire « la
capacité d’une personne ou d’un groupe à se développer , à continuer à se projeter dans l’avenir,
en présence d’événements déstabilisants, de conditions de vie difficiles, de traumatismes parfois
sévères » (Seligman, Csikszentmihalyi 2000 cité dans Manciaux, 2010).
En effet, le terme « résilience » trouve son origine dans la physique, pour décrire la capacité d’un matériau ou d’un corps à résister à un choc ou à une déformation mais au fil du temps, ce concept a été appliqué à d’autres domaines, comme l’écologie, l’économie et la géographie, pour expliquer le même phénomène mais avec des conditions et causes différentes. Ce terme est également utilisé dans les sphères sociales et psychologiques, en référence à une attitude liée à des réactions de la part des communautés et des individus suite à des facteurs de changements ou à une crise. Le concept de résilience, s’applique également au domaine du patrimoine culturel immatériel, où il est entendu comme la capacité de garder ses caractéristiques face aux changements et perturbations externes de différentes natures que Cette capacité s’est développée régulièrement au fil du temps, où le patrimoine culturel immatériel a dû se réinventer et s’adapter à toutes sortes de facteurs de perturbation. Et c’est précisément la résilience, l’un des aspects qui joue un rôle fondamental dans la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel puisqu’il tente, malgré les facteurs externes et l’évolution de l’environnement dans lequel il s’insère, de se préserver. « La sauvegarde peut être abordée sous l’angle d’un phénomène de résilience de ses lieux d’expression. Cette préservation implique la capacité du patrimoine culturel immatériel faire face à des perturbations pour pouvoir se transformer et à se recréer » (Leborgne, 2019).
Afin de faire face à ces facteurs troublants, l’Unesco à inciter les Etats membres
à prendre des mesures de sauvegarde basées sur les innovations technologiques dont la digitalisation
du patrimoine immatériel (Unesco, 2020), cette continuité se fait à travers sa transmission directe et pas uniquement son archivage. Par ailleurs, afin de faire face à cette crise provocante de déficit économique, les pratiquants de ce patrimoine ont été affrontés à développer et innover d’autres perspectives de communication et de commercialisation de leurs pratiques pour survivre en passant surtout par la digitalisation.
La mondialisation que connaît aujourd’hui notre société a favorisé l’exploitation non seulement de la technologie, mais surtout le contact, quoique non direct, entre des individus qui vivent dans
différentes parties du monde.
Le concept de l’innovation est défini dans le Manuel d’Oslo édité par l’OCDE en 2018 comme étant
une nouvelle méthode de communication et de commercialisation d’un produit. En conséquence, le lier au patrimoine immatériel peut apparaître illogique. Cependant, lors de la crise pandémique de la Covid-19, le produit de ceux qui survivent du patrimoine culturel immatériel est l’oralité. Dans ce sens, il s’agit d’une innovation communicationnelle, commerciale ainsi qu’organisationnelle vu que certains d’eux ont changé l’emplacement leur lieu de travail (halqa à domicile) et les types de leur relations extérieures (OCDE, 2019). C’est le cas pour certains griots de la place Jamaâ el Fna.
II. Les mesures de résilience et innovation commerciale et organisationnelle des acteurs du patrimoine immatériel de la Place de Jamaa el Fna
Pendant la crise pandémique de la Covid-19, les artistes de la Place Jamaa el Fna ont connu un arrêt total de toutes activités d’animation. Cette interruption soudaine et drastique de leurs activités a eu des impacts néfastes sur leur situation financière. , Leur situation précaire s’est accentuée sous le confinement. Ils ont cherché des alternatives pour continuer r à faire des spectacles et travailler selon les conditions imposées par la pandémie. C’est ainsi que , la crise a dévoilé la situation périlleuse que courait le patrimoine immatériel de la place Jamaa el Fna suite à la situation fragile et incertaine des hlayqis qui ont eu recours aux réseaux sociaux pendant la pandémie pour solliciter l’aide des acteurs et les amateurs du patrimoine immatériel.
Actions entreprises par l’UNESCO pendant la période Covid-19
Face à la situation de crise pandémique qui coïncidait avec l’événement du vingtième anniversaire de la Place de Jamaa el Fna, (cette phrase a été trop répétée dans le texte ; un webinaire intitulé « جامع الفنا مباشر » Jamaa el Fna en Live 2.0 a eu lieu le 04 Juillet 2020. Cette occasion a été saisie par l’Unesco et d’autres scientifiques dans les pays Maghrébins pour rendre hommage à la place Jamaa el Fna et soutenir les griots du patrimoine immatériel par la diffusion en direct de leur spectacles à domicile.
Cette action a renforcé la reconnaissance et l’importance du patrimoine immatériel de la Place Jamaa el Fna et peut être considérée comme acte de résilience lancé par l’entité du patrimoine vivant de l’Unesco en Avril 2020.
En effet, L’Unesco considère que « le patrimoine vivant est devenu une importante source de
résilience, aidant à surmonter les difficultés sociales et psychologiques et à renforcer
les liens » entre différents acteurs du patrimoine. Dans cette optique et suite aux résultats
obtenus par l’étude qu’elle a menée avec les soixante-dix-huit pays participants, l’Unesco a
prescrit trois recommandations nécessaires pour la sauvegarde du Patrimoine immatériel
pendant la crise pandémique qui concernent le soutien des détenteurs du patrimoine vivant, intégrer la digitalisation et renforcer les liens entre la sauvegarde du patrimoine et les programmes d’urgence(3 ...continue).
La crise Covid-19 : une occasion pour le renforcement du processus de patrimonialisation par les acteurs locaux
Le processus de patrimonialisation émane de la volonté des individus à sélectionner un leg important à préserver (Skounti, 2010). Dans ce sens, plusieurs acteurs locaux du patrimoine immatériel ont mené différentes actions pour atténuer les impacts handicapants des pratiques du patrimoine oral et pour soutenir ses pratiquants de l’oralité dans la Place Jamaâ el Fna :
- La Délégation Régionale de la Culture a lancé l’enregistrement officiel de quelques conteurs vus qu’ils sont le maillon le plus en danger dans la chaîne de la culture orale de la Place Jamaa el Fna car ils sont en disparition (Skounti, Tebaâ 2006)et ¨à redynamiser l’opération d’octroi de la carte d’artiste pour les hlayqis de la place pour qu’ils puissent bénéficier d’une indemnité.
- La commune et le conseil régional ont organisé des collectes de dons que les autorités locales étaient chargées de distribuer auprès des artistes de la place.
- Les représentants de l société civile ; la population locale, nationale et les marocains résidents à l’étranger ont effectué des dons pour les pratiquants de la place.
Nonobstant, tous ces efforts les artistes de la Place Jamaa el Fna n’ont pas pu faire face à la
situation de crise économique que la pandémie a provoqué pour une longue durée. De ce fait, nombreux parmi eux ont eu recours à des modes de résilience et d’innovation commerciale et organisationnelle.
III- Le Patrimoine immatériel « la halqa » de l’espace géographique de la place Jamaâ el Fna à la mise en scène digitale.
Selon Siadou-Martin (2021), « L’innovation commerciale répond à la question « faire différemment » dans la commercialisation des biens et des services ». Elle explique que l’innovation
commerciale vise à ouvrir de nouvelles opportunités aux acteurs se basant sur la technologie dont la
digitalisation est un facteur primordial. (Choukroun, 2012) souligne également que l’innovation est une progression à laquelle l’homme fait recours pour mieux vivre, commercialiser et exister
Ces définitions concernent les entrepreneurs, mais dans notre cas chaque hlayqis est considéré de la sorte vu qu’il ‘vend des services’ (contes, chants, musiques ou autres). Son objectif n’est-il pas de captiver le plus de spectateurs (clients) et de réaliser des gains pour survivre ?
Les hlayqias de la Place Jamaa el Fna : Innovation communicationnelle, commerciale et organisationnelle de jamais vue
Suite aux mesures de sécurité mises en place par le gouvernement marocain, qui a décrété le couvre-feu et surtout les interdictions de rassemblements lors de la pandémie Covid-19, les hlayqias de la place Jamaâ el Fna ont été contraints d’arrêter la pratique de leurs spectacles et de se retrouver sans ressources financières pour vivre. Pour cette raison, ils ont eu recours à la technologie et en particulier aux chaines Youtube (un site d’hébergement de vidéos et média social), où ils ont posté des vidéos de leurs activités d’animation.
Nous avons visualisé et explorer les chaînes YouTube des différents artistes du spectacle
(Comédiens, musiciens, Conteurs, et charmeurs de serpents) afin d’élaborer une grille présentée au tableau ci-dessous, des critères qui peuvent répondre à notre problématique qui est la résilience du patrimoine immatériel de la place Jamaa el Fna par le biais de l’innovation communicationnelle, organisationnelle et commerciale.
Résultats et discussions
Selon le tableau présenté ci-dessus, les artistes de la place Jamaâ el Fna se sont tournés vers un public plus large, atteignant des chiffres de spectateurs plus importants capablent d’assister à leur représentation via internet. Ainsi, ils sont passés à l’apprentissage et à l’usage du langage web, afin de citer les spectateurs à s’abonner à leurs chaines et de cliquer sur l’icône “j’aime”. Subséquemment, la séance de la halqa au lieu de terminer selon le rituel par une prière, elle se termine depuis lors par un
encouragement aux abonnements.
Le nombre de vidéos publiées par ces artistes depuis la pandémie Covid-19 attire notre attention
premièrement sur l’intérêt que porte le public virtuel aux prestations amenant à des sensations de peur et d’amusement procurant de l’adrénaline chez les spectateurs virtuels. En effet, les charmeurs de serpents atteignent un nombre de deux millions-trois milles assistants. Ceci exprime une demande importante reflétée par le nombre de vidéo diffusées qui est relatif à huit vidéo par mois (185 vidéos/ 22 mois depuis la création de la chaine). Nous remarquons également que les chaines d’amusement et de délassement (Clown) interpellent aussi un large éventail
d’audience virtuelle ce qui se reflète sur la durée de la séquence publiée. En conséquence les hlayqis sont amenés à innover dans leur mise en scène et leur discours pour fidéliser et satisfaire leur auditoire, accrocher des nouveaux éventuels clients ainsi que d’élargir leur réseau. L’interaction direct avec le public à laquelle les artistes de la place étaient habitués n’est plus leur seul recours de gains, mais ils sont amenés à répondre et à interagir avec les nombreux commentaires de leurs regardants pour assurer un meilleur gain.
L’opération virtuelle est menée en assistance par l’un de leurs enfants ou de leur proche qui s’y connaît en technologie des réseaux sociaux. Ceci est exprimé par les modestes qualités visuelles et sonores des, vidéos présentées e mais cela n’anéantie pas leur volonté de procurer une résilience au patrimoine immatériel par l’adoption des nouveaux moyens de communications et d’organisations.
En contrepartie nous apercevons une faible implication des conteurs de légendes (12 vidéos en 49 mois) ainsi qu’un désintérêt pour à la mise en scène) de leur vidéo. S’agit-il d’une une expression de rejet de cette innovation que connaît le patrimoine immatériel en techniques de communication et de commercialisation ? De plus le peu de conteurs de légendes qui possèdent cet art de narration ont vidé la place Jamaâ el Fna, et ont renoncé à leur territoire. Cette action de désappropriation ne serait-elle pas une manifestation et une expression de leur désagrément ou une expression sociale qui indique le désintérêt pour la culture orale du conte ? La réponse à ces deux questions nécessite une recherche approfondie que nous allons élaborer dans un futur travail scientifique afin de ressortir les raisons de ce constat.
Conclusion
Avant la pandémie du covid 19, les artistes de la Place Jamaa el Fna gagnaient leur vie directement de la main du spectateur, qui selon sa satisfaction de la qualité de la prestation de l’artiste faisait son offre. Dans cette modalité, le gain dépendait naturellement aussi de l’implication de l’auditoire et de la capacité du hlayqi à maintenir un intérêt élevé parmi la foule. De plus, la masse des spectateurs est mobile et inter-changeante entre les différentes halqas. L’efficacité et l’efficience de chaque hlayqi se détermine par sa capacité à tenir un grand nombre de spectateur au tour de lui pour un maximum de temps. La diffusion de la halqa sur les chaînes Youtube, a complètement changé la méthode de gain de certains artistes surtout les comédiens, les conteurs de blagues et les charmeurs de serpents. L’utilisation de la technologie, en particulier la création des chaînes YouTube, a joué un rôle fondamental pendant la crise sanitaire de la Covid-19, car les hlayqis ont pu publier sur cette plateforme les vidéos des prestations qu’ils avaient l’habitude de réaliser sur la place Jamaa el Fna et ont assuré la migration du patrimoine immatériel de cette dernière vers le virtuel. Cependant, bien que ces alternatives aient permis aux artistes de se produire de manière innovante et d’atténuer les dommages économiques de la pandémie, l’utilisation de ces modalités, n’a pas toujours très rentables pour eux car cela dépend d’un règlement statistique qui n’est opérationnel qu’à partir d’un certain nombre de vue. Ainsi, l’artiste de la place Jamaa el Fna doit faire preuve d’une double performance :
locale pour captiver l’audience sur la place par toutes les techniques théâtrales (gestuelles, ton de vois, etc) et virtuelle dans le sens où il doit connaître et même maitriser les règles de la cinématographie (cadrage, son, image, montage, etc) et de commercialisation digitale.
Le patrimoine immatériel de la place Jamaa el Fna et certains de ses pratiquants ont soulevé le défi face à la crise pandémique Covid-19 par une résilience communicationnelle et organisationnelle et ont pu surmonter, ne serait-ce que par des moyens de base, les difficultés financières et sociales. Ils ont pu atténuer les conséquences psychologiques voire dépressives subies par le public lors des périodes du confinement Toutefois, la revivification de ce patrimoine orale nécessite un effort de la part de tous les acteurs locaux, nationaux et internationaux et doit se renforcer par l’ouverture des pratiquants sur l’innovation tout en sauvegardant l’authenticité de leur savoir-faire.
References
| 1. | ↑ | https://unesdoc.unesco.org/ark:/48223/pf0000124868 |
| 2. | ↑ | - 2003_Convention_Basic_Texts_2022_version-FR.pdf (unesco.org) |
| 3. | ↑ | https://ich.unesco.org/fr/le-patrimoine-vivant-et-la-pandmie-de-covid-19-01179 |
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